Entretien avec Frank Madlener

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« Nous sommes impatients de vous retrouver autour de cette passion commune : la musique qui s’imagine, s’expérimente, se joue ici et maintenant. »

Alors que l’Ircam dévoile la programmation du festival ManiFeste-2020 (31 août-13 septembre), rencontre avec son directeur Frank Madlener qui expose ici l’engagement des équipes de l’Institut pour la création artistique.

Frank Madlener, comment créer aujourd’hui après (avec) la crise ?

Dans un temps improbable et inédit en tout, l’Ircam a mobilisé toutes ses équipes pour soutenir les artistes, en particulier la génération émergente. La création artistique est une pulsion de vie, le festival ManiFeste lui donne libre cours. Dès le 31 août, il ouvre les saisons du Centre Pompidou, de La Scala Paris et du théâtre de Gennevilliers avec une édition resserrée, privée de son académie et des formations orchestrales, mais non pas de son ambition internationale ! C’est un manifeste pour le concert qui ne doit pas faire spectacle à tout prix, et pour les installations qui mêlent le vivant et l’artifice, un festival de la vocalité – voix lyriques et de la fiction littéraire, voix de la conviction et de l’intimité, voix de l’archive et du temps présent. Un retour à la vie qui n’est pas la survie.

À travers sa thématique « Musiques-Fictions », ManiFeste-2020 donne rendez-vous avec la vitalité artistique.

L’Ircam s’est montré très actif pendant le confinement, et pas seulement sur les réseaux sociaux. Quels sont les nouveaux projets que vous avez initiés ?

Face au cataclysme artistique et culturel, nos missions sortent renforcées en intensité, en nécessité et en actualité. Nous avons besoin du temps long de la science et de la fabrique de mondes possibles, donc de la création.  Nous avons besoin de l’innovation numérique – ainsi la salle virtuelle ou le studio en ligne – pour dépasser la paralysie. De circuits courts et actifs, mais sur une durée longue. Lorsque le réel explose à la figure, il s’agit de moduler le présent et d’anticiper la décennie à venir.

Pendant le confinement, l’Ircam a noué ou renforcé ses alliances en France comme en Europe, avec le Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon et l’École des Beaux-Arts de Paris, avec le Réseau européen Ulysses et nos partenaires du C-Lab de Taipei. De nouveaux programmes de recherche offrent une perspective vaste pour ce qui va naitre Place Stravinsky. Au milieu du confinement, la société Ircam Amplify a pris son essor. Elle se destine à soutenir la révolution de l’audio dans le quotidien. Face à l’hégémonie du visuel, un pari résolu sur les pouvoirs du son et de la technologie. Confiné et actif, l’Ircam s’est élargi !

Vous avez été l’un des premiers à plaider en faveur du retour des musiciens et des compagnies sur scène.

J’ai milité très tôt pour que les artistes retrouvent le chemin des salles de répétition désertées, simplement pour y répéter, tout en respectant les règles de protection sanitaire qui s’appliquent également aux spectateurs. Toutes les créations initiées ont été redéployées au cours du festival de l’Ircam et de la saison qu’il inaugure. Des manifestations annulées en Europe n’ont pu réaliser tel portrait de Rebecca Saunders ? Elle sera à Paris, en compagnie de beaucoup d’autres compositeurs et compositrices.  

Dans la culture on ne cesse de s’entregloser ; dans l’art, on éprouve.  L’œuvre unit comme nul autre domaine, les signes et le sens, la fabrique de mondes singuliers et l’émancipation de l’individu qui les habite. Avec les équipes de l’Ircam, nous sommes d’autant plus impatients de vous retrouver autour de cette passion commune : la musique qui s’imagine, s’expérimente, se joue ici et maintenant.

Entretien réalisé le 22 juin 2020

 

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